Sous le Manguier, la Vie
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Publié le 16/05/2025

Sous le Manguier, la Vie

Un homme accablé par la misère décide de mettre fin à ses jours. Suspendu à un manguier, il assiste à une scène inattendue entre un lépreux et son chien. Ce moment improbable va bouleverser son destin… jusqu’à en faire un roi. Une histoire vraie pleine de sagesse, de retournement et d’espoir.

 

Il y a un temps pour tout sous le ciel : un temps pour rire, un temps pour pleurer… et un temps pour renaître.

Dans un petit village oublié du monde, vivait un homme nommé Koffi. Il avait tout perdu. Ses parents, ses frères, sa femme… tous partis. Ne restait que sa fille Afi, douce et silencieuse, témoin impuissante de la lente agonie de son père.

La faim, la solitude, l’humiliation… c’en était trop. Un matin de saison des pluies, Koffi prit une corde, la passa autour de sa poitrine et se dirigea vers le grand manguier au bord de la route.

"C’est ici que tout s’arrêtera. Que personne ne me voie. Que la vie me quitte vite…"

Il grimpa. Il plaça la corde. Il se tenait prêt. Puis, au loin, une silhouette courbée s’approcha en boitant.

C’était Bako, le lépreux bossu que tout le monde évitait. Son chien, maigre et loyal, trottinait derrière lui.

"Ah, ces fichues pluies ! Les insectes n’arrêtent pas de me piquer…" grogna Bako, en grattant ses plaies.

Soudain, son pied heurta violemment la racine du manguier. Il tomba. Son pied saigna. Le chien se jeta sur la plaie, la léchant, aboyant de douleur et de panique.

"Eh là ! Laisse, laisse... Mais la vie est devant nous, hein mon ami ? Tant qu’on respire, on avance..."

Koffi, en haut de l’arbre, retint son souffle. Ces mots résonnaient comme un tambour dans sa poitrine.

"Si ce bossu lépreux trouve encore la force de croire… et moi alors ? Moi qui ai deux bras, deux jambes, une fille… Moi aussi, je peux vivre."

Il jeta la corde. Il descendit. Il pleura. Il rentra chez lui, serra sa fille contre lui, et dit :

"Afi, ton père ne mourra pas. Il a compris que la vie ne finit que quand on l’abandonne."

Quelques semaines plus tard, le devin du village, Ôfa, convoqua l’assemblée. Le roi était mort. Il fallait consulter les esprits pour choisir son successeur.

Le nom tomba comme une pierre dans l’eau :

"Koffi, fils de la terre et de l’épreuve, tu es choisi."

Le village tout entier s’étonna. Koffi aussi. Mais il accepta. Il devint Roi Koffi, et régna avec justice, partage et sagesse. Le village prospéra. Les récoltes furent abondantes. Les danses, joyeuses.

Sa fille Afi grandit, devint une femme magnifique. Les prétendants affluaient.

Un jour, Koffi convoqua le peuple :

"Demain, à l’aube, que tout le monde se rassemble au grand autel."

Le lendemain, devant la foule, il ordonna :

"Allez me chercher Bako, le lépreux bossu."

Bako arriva, tremblant.

"Majesté… ai-je péché ?"

"Non, Bako. Tu as sauvé ma vie sans le savoir. Et aujourd’hui, je t’honore. C’est toi qui épouseras ma fille."

Un murmure parcourut la foule. Le roi fit taire les critiques d’un geste.

"Qu’on amène les meilleurs guérisseurs. Qu’on lave ce corps comme on lave l’âme."

Bako fut soigné. Guéri. Transformé.

Quelques lunes plus tard, le mariage fut célébré. Les tambours résonnèrent, les jarres débordèrent de vin de palme, les danses ne s’arrêtèrent qu’à l’aube.

Et Koffi, debout sous le manguier, murmura :

"Quand tu crois que tout est fini, la vie t’observe… Elle attend le bon moment pour t’élever." 

Lè-êgbè-lè, La vie tourne

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